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Il arrive que le risque géopolitique ou l’incertitude des marchés atteigne un niveau tel que le bruit ambiant finit par paralyser les investisseurs. Le flux constant de manchettes, de spéculations politiques et de réactions des marchés détourne l’attention de ce qui est important au profit de ce qui semble urgent. Les investisseurs se retrouvent captivés par chaque nouveau développement tout en étant incapables d’agir. Les six dernières semaines en sont un parfait exemple, alors que les inquiétudes entourant le conflit en Iran et ses répercussions se sont propagées aux marchés de l’énergie, des actions, des obligations et des devises.

Dans ces périodes, le problème n’est pas un manque d’information. C’est tout le contraire. Il y en a trop, et très peu d’entre elles sont véritablement exploitables. L’essentiel est de distinguer le signal du bruit et de construire des portefeuilles capables de résister à la fois à l’incertitude et aux émotions.

Plan de match

En période de stress, il est toujours bon d’avoir un plan de match. Comme le disait Mike Tyson : « Tout le monde a un plan jusqu’à ce qu’il reçoive un coup au visage. » Les marchés ont exactement cette habitude. Morgan Housel a bien résumé l’autre côté de la médaille : « La volatilité est le prix d’entrée, et la récompense de l’autre côté, ce sont les rendements à long terme. »

La leçon n’est pas qu’il faut ignorer la volatilité. C’est qu’il faut s’y préparer à l’avance. Un portefeuille solide n’est pas celui conçu pour le meilleur scénario possible. C’est celui qui est bâti pour traverser un large éventail de situations sans forcer de mauvaises décisions au pire moment. Cela exige de la liquidité, de la diversification, de la discipline et un processus qui ne repose pas sur la capacité de prévoir chaque mouvement à court terme.

Les liquidités, c’est roi

L’une des approches les plus éprouvées consiste à maintenir une allocation significative en liquidités ou en quasi-liquidités. Quand les marchés sont calmes, les liquidités peuvent sembler freiner le rendement. Elles rapportent moins que les actifs risqués, et les investisseurs se demandent souvent pourquoi ils détiennent quelque chose qui semble ne rien faire.

Mais c’est justement là leur raison d’être. Les liquidités ne sont pas là pour maximiser les rendements en marché haussier. Elles sont là pour offrir de la résilience lorsque les marchés se disloquent. D’abord, elles protègent à la baisse parce qu’elles ne subissent pas les reculs des marchés boursiers ni l’élargissement des écarts de crédit comme le font les actifs risqués. Ensuite, et c’est tout aussi important, elles offrent de l’optionnalité. Plus le coussin de liquidité est important, plus il est facile de garder son calme en période de volatilité et plus grande est la capacité d’acquérir des actifs attrayants lorsque d’autres sont contraints de vendre.

Les liquidités procurent aussi un avantage comportemental. Les investisseurs qui disposent de liquidités suffisantes sont moins susceptibles de vendre des placements à long terme pour répondre à des besoins à court terme au mauvais moment. Ils peuvent réfléchir plus clairement, agir de manière plus délibérée et percevoir les tensions du marché comme une occasion plutôt qu’une menace. En contexte d’incertitude, la valeur des liquidités ne se limite pas à la préservation du rendement. C’est aussi la préservation de la qualité des décisions.

Déléguer

Une autre façon de réduire l’effet du bruit sur les décisions de portefeuille consiste à confier une partie de la prise de risque à des conseillers de confiance et à des gestionnaires actifs dotés d’un processus rigoureux et reproductible. Cela ne signifie pas abandonner toute responsabilité. Cela signifie reconnaître qu’en période de forte volatilité, la prise de décision est souvent bonifiée par la structure, la spécialisation et la discipline.

De bons conseillers et gestionnaires servent de tampon entre le bruit du marché et les actions posées dans le portefeuille. Ils apportent des cadres d’investissement, des contrôles de risque et le recul émotionnel nécessaire pour prendre des décisions rationnelles quand les marchés ne le sont pas. Ils peuvent rééquilibrer en période de faiblesse, élaguer en période d’exubérance et se concentrer sur les fondamentaux pendant que d’autres réagissent aux manchettes.

C’est particulièrement précieux pour les investisseurs qui savent que leur plus grand risque n’est pas toujours la volatilité elle-même, mais leur propre réaction face à celle-ci. Déléguer une partie du processus décisionnel peut s’avérer l’un des moyens les plus efficaces de protéger les clients contre les émotions à court terme.

Stratégies défensives

Le positionnement défensif ne consiste pas à éliminer le risque. Les stratégies défensives créent du pouvoir de rester investi. Lorsque les investisseurs savent que leur portefeuille dispose d’un bon ancrage, ils sont mieux à même de traverser l’incertitude sans décrocher. C’est peut-être le plus grand avantage qui soit. Une bonne stratégie ne fonctionne que si on est capable de s’y tenir.

L’objectif n’est pas de construire un portefeuille qui ne recule jamais. Un tel portefeuille n’existe pas. L’objectif est d’en bâtir un qui peut plier sans casser. Cela signifie éviter la concentration excessive, maintenir des liquidités et être honnête quant à la localisation du véritable risque. Souvent, les portefeuilles les plus dangereux ne sont pas ceux qui affichent de la volatilité au quotidien, mais ceux qui reposent trop lourdement sur un seul scénario macroéconomique, un ensemble restreint de positions ou l’hypothèse que les marchés resteront coopératifs.

Investissements privés

Les investissements privés, comme le capital-investissement et le crédit privé, peuvent aussi jouer un rôle important pour filtrer le bruit à court terme. Par leur nature, ils fonctionnent sur des horizons plus longs, des cycles d’analyse plus lents et des processus décisionnels plus réfléchis. C’est un réel avantage lorsque les marchés publics sont dominés par le sentiment et le risque lié aux manchettes.

Plusieurs souligneront que l’absence d’évaluation fréquente dans les marchés privés constitue une faiblesse. Dans bien des cas, c’est en fait un avantage. L’absence de valorisation à la minute près réduit la pression de réagir émotivement à chaque soubresaut du marché. Elle permet aux investisseurs et aux gestionnaires de rester concentrés sur les fondamentaux des entreprises, les flux de trésorerie, la qualité des actifs et la création de valeur à long terme.

Cela dit, une évaluation moins fréquente ne signifie pas un risque moindre. Les actifs privés ne sont pas à l’abri des ralentissements économiques, de la hausse des coûts de financement ou de la détérioration des fondamentaux. La sélection des gestionnaires, la rigueur de l’analyse et la diversification par millésime comptent énormément. Mais lorsqu’ils sont utilisés adéquatement, les investissements privés peuvent offrir un signal plus stable au sein des portefeuilles et aider les investisseurs à conserver une perspective à long terme quand les marchés publics deviennent bruyants.

Le rééquilibrage plutôt que la réaction

L’un des meilleurs antidotes au bruit est un processus discipliné de rééquilibrage. Le rééquilibrage force les investisseurs à faire ce que les émotions résistent habituellement à accomplir : ajouter aux positions devenues moins chères et réduire celles qui se sont appréciées. Il transforme la volatilité en un mécanisme d’amélioration de la discipline plutôt qu’en un prétexte pour l’abandonner.

C’est ici que le plan de match prend toute son importance. Les investisseurs devraient savoir à l’avance ce qui les amènerait à augmenter le risque, à le réduire ou à ne rien faire du tout. Sans ces règles, chaque mouvement de marché semble remettre en question l’ensemble du portefeuille. Avec elles, la volatilité s’intègre au processus plutôt que de le perturber.

Autrement dit, le processus compte davantage que la prédiction. Peu d’investisseurs peuvent prévoir de façon constante les événements géopolitiques ou les réactions des marchés à court terme avec précision. Mais les investisseurs peuvent contrôler leur positionnement, leurs liquidités, leur diversification et leur comportement. À long terme, c’est ce qui compte le plus.

Mot de la fin

Quand le bruit étouffe le signal, la tentation est de croire qu’il faut agir constamment. En réalité, c’est souvent l’inverse qui est vrai. Les meilleurs investisseurs ne sont pas ceux qui réagissent à chaque manchette. Ce sont ceux qui ont construit des portefeuilles et des processus leur permettant de garder les pieds sur terre pendant que d’autres perdent le fil.

La volatilité est inconfortable, mais elle n’a rien d’inhabituel. Elle fait partie de l’investissement. L’objectif n’est pas de l’éviter complètement. L’objectif est de s’y préparer pour ne pas être contraint à de mauvaises décisions quand elle se manifeste.

Détenir des liquidités. Intégrer de la défense. Recourir à des gestionnaires compétents là où c’est approprié. Adopter le capital patient là où il convient. Rééquilibrer de façon systématique. Et surtout, se rappeler que les manchettes sont temporaires, mais que les décisions de portefeuille peuvent avoir des effets qui durent très longtemps.

Quand le bruit devient assourdissant, le signal ne disparaît pas. Il devient simplement plus difficile à capter. Les investisseurs qui maintiennent leur discipline sont ceux qui ont le plus de chances de le retrouver.

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