
Steve Legler
Conseiller
Blackwood Family Enterprise Services
Comme plusieurs d’entre vous, j’ai été captivé par la récente Coupe du monde. Pendant des jours, les matchs et les reprises ont occupé mon écran pendant des heures.
Pour certains, le Tour de France est aussi un rendez-vous incontournable en juillet.
En regardant l’un ou l’autre de ces événements, vous avez peut-être remarqué qu’ils offrent d’excellentes leçons pour ceux qui accompagnent des familles entrepreneuriales.
Un sport d’équipe, vraiment?
Les spectateurs occasionnels du Tour de France peuvent croire qu’il s’agit d’un sport individuel, où le coureur portant le maillot jaune poursuit sa propre gloire.
Mais pendant une étape de montagne, on voit ses coéquipiers se donner à fond pendant des heures. Ils vont chercher les bouteilles d’eau, protègent leur leader du vent et imposent le rythme afin qu’il lui reste assez d’énergie pour aller chercher la victoire à la fin de l’étape.
On les appelle les « équipiers ». Ils portent rarement le maillot jaune, et leur rôle consiste entièrement à aider quelqu’un d’autre à gagner.
Lorsque je pense aux familles que j’ai eu le privilège d’accompagner, je constate qu’on y retrouve souvent ces personnes qui travaillent dans l’ombre et contribuent grandement à la réussite familiale.
Il peut s’agir d’un frère ou d’une sœur qui accepte de prendre du recul pour laisser quelqu’un d’autre diriger, d’un conjoint qui parle peu, mais qui réussit à apaiser les tensions entre des membres de la famille, ou encore d’un membre de la relève qui accepte une responsabilité moins stimulante simplement parce qu’il sait que quelqu’un doit s’en charger.
La prochaine fois que vous serez avec une telle famille, que ce soit la vôtre ou celle d’un client, vous pourriez lui demander si elle prend suffisamment le temps de reconnaître tous ceux qui contribuent à son succès sans jamais porter le maillot jaune.
Reconnaître le travail des équipiers est une chose. Savoir quoi faire de cette reconnaissance en est une autre. Il ne suffit pas de remarquer qui porte discrètement une grande partie de la charge. Il faut aussi s’assurer que chaque personne occupe le bon rôle dès le départ.
Onze rôles, un seul match
Une équipe de soccer ne gagne pas parce qu’elle compte onze joueurs identiques. Elle gagne parce que onze personnes accomplissent des rôles différents, mais complémentaires, au même moment.
Il y a le gardien qui anticipe le danger et dirige ses coéquipiers, les défenseurs qui absorbent la pression de l’adversaire, les milieux de terrain qui assurent les liens entre tous les joueurs et les attaquants capables de marquer.
Si vous placez votre meilleur attaquant devant le filet ou demandez aux autres joueurs d’occuper des rôles qui ne leur conviennent pas, vous risquez d’être déçu.
Je vois parfois des familles commettre ce type d’erreur lorsqu’elles présument qu’une personne douée en vente sera nécessairement excellente pour diriger le conseil de famille. Il en va de même lorsqu’elles confient la gouvernance au membre le plus âgé, même si celui-ci n’a pas nécessairement le profil qui convient.
Les bonnes équipes, que ce soit sur le terrain ou autour de la table familiale, prennent le temps de déterminer où chaque personne peut le mieux contribuer. Elles se basent sur les forces et le tempérament de chacun, et non simplement sur l’ordre de naissance ou sur la personne qui ressemble le plus à papa.
Ces conversations ne sont pas toujours faciles, mais elles distinguent souvent les familles qui réussissent de celles qui éprouvent des difficultés.
Même lorsque chacun occupe le bon rôle, cela ne signifie pas que tout le monde sera toujours d’accord sur la façon de jouer. Et c’est tout à fait normal. La prochaine leçon à tirer du terrain est que les désaccords ne sont pas les ennemis d’une bonne équipe. Ils sont souvent le signe qu’elle fonctionne bien.
Apprendre à bien débattre, ensemble
Les vraies équipes se disputent régulièrement, mais cela ne les détruit pas. Au contraire, ces échanges peuvent les rendre meilleures. Les coéquipiers ne sont pas toujours d’accord sur la stratégie à adopter, sur la personne qui devrait prendre le dernier tir ou sur le moment où il faut commencer à protéger le pointage.
Au fond, ils partagent toutefois une même compréhension : tout le monde est du même côté et travaille vers le même objectif.
Malheureusement, certaines familles perçoivent tout désaccord comme une menace qu’il faut éviter à tout prix.
Cela ne fait que repousser le problème sous le tapis, ce qui finit généralement par aggraver la situation et causer davantage de dommages à long terme.
Une famille capable d’avoir des conversations difficiles, puis de s’asseoir ensemble pour souper, fonctionne comme une bonne équipe sportive. Le désaccord ne menace pas l’équipe. Il fait partie de la façon dont elle apprend et s’améliore.
Savoir bien débattre peut aider une équipe à traverser une mauvaise journée. Toutefois, comme les participants au Tour de France, les familles ne sont pas évaluées sur une seule journée. Leur réussite dépend de leur capacité à continuer d’avancer ensemble pendant des semaines, des années et des générations.
Un marathon de trois semaines, pas une seule étape
L’une des grandes leçons du Tour de France est qu’il compte 21 étapes et ne se résume pas à un seul sprint. Il est possible de perdre une ou deux étapes et tout de même remporter le classement général. Il faut toutefois garder les yeux sur l’objectif à long terme.
Faire preuve de patience, suivre le plan établi par les dirigeants de l’équipe et soutenir chacun pendant les périodes plus exigeantes sont autant de leçons importantes pour les familles.
Une famille peut connaître une mauvaise année, vivre une transition de leadership difficile ou traverser une série de malchances et avoir l’impression qu’une catastrophe est imminente.
Mais ce qui compte n’est pas seulement ce qui lui arrive. C’est surtout la façon dont elle réagit. Une famille qui agit comme une équipe et qui demeure unie pendant les périodes difficiles aura généralement plus de succès qu’une famille qui abandonne au premier obstacle.
Un sujet de conversation pour cet été?
Ces événements sportifs attirent des millions de spectateurs, mais les leçons qu’ils offrent peuvent aussi s’appliquer à l’échelle beaucoup plus intime d’une famille. Parler de sport est une façon simple et peu risquée d’amorcer des conversations intéressantes qui seraient autrement difficiles à aborder.
Lorsque la famille est réunie et que la conversation se tourne vers le sport, pourquoi ne pas poser quelques questions sur vos « coéquipiers » et sur la reconnaissance qu’ils reçoivent?
Vous pourriez aussi vous demander si chaque membre de la famille occupe le rôle qui lui permet, ainsi qu’à la famille, de réussir. Votre famille est-elle structurée pour gagner la prochaine étape seulement, ou pour remporter l’ensemble de la course?
La grande question que la plupart des familles gagneraient à se poser est toute simple : « Est-ce que nous nous considérons comme une équipe? »
Vous êtes une famille, et c’est déjà une grande force. Mais en faisant l’effort de penser et d’agir comme une équipe, vous pouvez combiner les avantages de la famille, comme la loyauté et la confiance, avec ceux du travail d’équipe, comme la capacité de garder le cap sur le long terme et de soutenir chaque personne dans les rôles qui comptent.
Les familles qui réussissent à demeurer unies au fil des générations sont souvent celles qui ont pris la décision discrète de commencer à se voir comme une équipe, puis qui ont continué, jour après jour, à être présentes les unes pour les autres.